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Au croisement de la philosophie et de la psychanalyse


La philosophie révèle les conditions d’accumulation du savoir. C’est dans ce sens qu’il s’agirait de connaissances. Apprendre le tableau de Mendeleïev ou la table des symboles mathématiques n’est que des connaissances accumulées dans un registre objectif qui met de côté la subjectivité du sujet. Il s’agit d’une aliénation au savoir. Descartes dévoile une recherche sur la vérité dans le cogito. Cependant, une part obscure lui reste inconnue. Lacan dira dans le Séminaire XII, Problèmes cruciaux pour la psychanalyse (1964-1965), en commentant le cogito cartésien : « Sur ce point inaugural de Descartes, quelque chose est fondamentalement méconnu dont le retour constitue l’essence de la découverte freudienne. Si Descartes libère le char de ces vérités éternelles dont il se débarrasse sur l’arbitraire divin — elles pourraient être autres — il n’en reste pas moins que ce dont il s’agit, c’est de la conséquence qu’a pour le sujet cette mise en question radicale de toute vérité. » Parce que Dieu le veut ne suffit pas à ce que 2+2 fassent 4. Et pourtant, le fait que Dieu le veuille est la seule raison. C’est à prendre ou à laisser car nous sommes obligés de passer par l’impossible. Les vérités éternelles, fruits de la doctrine cartésienne, ont une origine divine. Elles ne fournissent pas une réponse directe à l’être souffrant. Par conséquent, la vérité ne dépend pas (ou plus) d’une force supérieure. Ici s’ouvre le chemin pour le sujet contemporain qui prend en compte les manifestations de son inconscient.

Autrement dit, l’accumulation de connaissances constitue une richesse certaine pour celui qui cherche et que les questionnements l’empêchent de dormir sur ses deux oreilles. Pour autant, elle ne garantit en rien l’accès au savoir inconscient, un savoir qui répondrait à un malaise. Œdipe répondit correctement à la Sphinx. Ce qu’il lui permit d’accéder au trône. Mais il ne savait pas que l’homme qu’il venait de tuer de ses mains, Laïos, était son père. Combien même ce petit rappel, relève-t-il de la philosophie, il n’en reste pas moins que l’inquiétude et le malaise générés par cette tension s’inscrivent quant à eux, l’inquiétude et le malaise, dans un registre clinique. Pourquoi les échanges houleux avec sa (ou son) compagnon (ou compagne) se reproduisent-ils souvent ? Pourquoi chaque nouvelle rencontre finit-elle toujours par échouer ? De plus, il a l’accès à la connaissance sans limite de par le numérique qui s’invite au plus près de sa main. Et dans le même temps, il ignore les raisons qui la/le poussent à retomber dans les mêmes traquenards. Dans ce processus de répétition sans fin, s’agit-il d’un mécanisme repérable ? L’être parlant, se complaît-il dans la souffrance ? Il a envie que ça s’arrête mais il lui est difficile de quitter une stature d’envergure qui lui est familière. Son malaise, son inquiétude, sa culpabilité, il recherche à ne plus crouler sous le poids des mots. En somme, la locution qui sort de la bouche n’a aucune intention préméditée. Ce qu’il « veut dire » est une sorte d’attente pour entendre ce qu’il ne dit pas. À ce niveau, apparaît une équivoque, un double sens, une double entente : celle qui parle et celle qui écoute. L’envie de dire est un discours adressé, un discours entrant dans une monstration de la condition et du conditionnement de l’être parlant. Pour ainsi dire, la validité de ce discours constitué et adressé dépend de l’accueil dont fait preuve l’écouteur. C’est dans cette articulation entre un dire adressé et un autre qui écoute, un autre qui donne son accord, son assentiment que se déploie une attention toute particulière. Et cela n’est possible que dans le cadre d’une relation transférentielle où le savoir prend une dimension de révélation sur le rapport de l’être au monde.

 
 
 

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